Mercredi 16 juillet

Philippe Léogé et Jean-Marc Padovani

Les anges au fond des yeux

Jean – Marc Padovani, l’orpailleur des sons et des mots

Padovani

Il y a du soleil et du vin qui déborde dans la musique de ce natif de Villeneuve-les-Avignon au milieu des cigales, celles qui chantaient si bien déjà en 1956. Et les arènes de Nîmes font encore entendre leurs clameurs parfois dans sa tête, même loin des bandas et des taureaux. Ce n’est pas sans raison qu’il avait fondé le Minotaure Jazz Orchestra, fanfare céleste comme l’aurait dit l’ami Claude Nougaro, et qui a sonné et résonné dans les bodegas en folie de bien des férias.


Compositeur, arrangeur, musicien inspiré, Padovani est à la croisée des mondes, des styles entre modalité et tonalité ,entre écriture stricte et improvisation débridée.

Passé d’abord par le piano, puis plus longuement par la guitare, il réalise que pour s’immerger dans l’océan du jazz, il lui fallait un bateau mieux armé en gréements d’infini. Alors il s’embarque en passager non clandestin dans les saxophones ténor et soprano, depuis il vogue au sommet des vagues. Et le chant des cigales l’a rejoint. Profondément du sud, même du sud du sud, méridional jusqu’aux fonds de ses écorces faites d’olivier et de transes musicales, il déploie sa chaleur, sa nostalgie parfois. Toutes les traditions du soleil sont les siennes : monde occitan, monde africain, monde du flamenco, monde brésilien ou argentin.

Porté par les « grandes figures de l’excès », il aura façonné de véritables oratorios secoués de « jaseries jazziques » et de « trompétages de langue ». Directeur du festival d’Assier pendant 8 ans, il l’aura sorti de son ghetto, avant de devoir lâcher prise face aux intolérances.
Certes le socle de sa musique est cet alliage « jazz-musiques du monde », jazz-flamenco, mais il laisse la fenêtre ouverte à tous les vents de la création et chemine toujours et toujours sur le sentier des cigales et du soleil.

Philippe Léogé, l’élégance et la profondeur

Leoge

De l’amour des harmoniques rares de son maître, le grand Lennie Tristano à la délicieuse fanfare parfois du Big Band 31, Philippe Léogé est le pivot incontournable de la scène jazz toulousaine. Il est un arrangeur superbe, un pianiste profond, et aussi un directeur artistique avisé et dès la fondation à l’automne 1987 du Festival Jazz sur son 31, il l’aura irrigué de ses coups de cœur.


Ce gersois, est né en 1957. À 17 ans il commence sa carrière en jouant dans des orchestres de variétés, des cabarets de chansonniers, et devient très vite un musicien phare de la scène toulousaine dès 1978 –1980 au Pharaon, à la Cave des Blanchers, au petit Bedon, enfin partout où l’on peut glisser un piano. Membre du All jazz trio, du quintette de Bernard Bigeardel...

Il part étudier la composition et aussil’arrangement et l’orchestration à la Berklee School of Music (Boston-USA).
Philippe Léogé reprend souvent sa liberté, et se lance dans une carrière de pianiste à la Nat King Cole en devenant à la télévision de 1992 à 1995 un accompagnateur de variétés très recherché. Smoking blanc, piano blanc, musique tendre, sourire de crooner, il fera « des sacrées soirées », lui l’homme des nuits du jazz.
En 96 Claude Nougaro lui confie la direction musicale de son spectacle « Chansons-fleuves ».
Grand manitou de l’écriture pour cuivres et cordes, ses compositions font le tour de la planète jazz. Ouvert et éclectique il est soit en leader, soit en side-man de bien des aventures musicales avec de prestigieux partenaires (Dee Dee Bridgewater, Glenn Ferris, Steve Grossman, les Belmondo...).
Longtemps le show-man a pu brouiller la véritable image de Philippe Léogé, il y a  surtout un musicien fragile et sincère.Philippe Léogé, est le pianiste de l’élégance et de la profondeur.

Padovani,leoge

Les yeux des anges

Un « simple » duo piano, saxophone ténor ou soprano et le ciel des mélodies s’entrouvrent.
À partir le plus souvent de compositions personnelles, excepté un standard si bien nommé « Angel Eyes », un thème de Keith Jarrett, et un clin d’œil à ce farceur de Satie, les deux complices, unis dans la même respiration intérieure, le même souffle poétique, déroulent des rubans aériens de notes, de sensations lyriques. Parfois volubiles et chants croisés d’oiseaux, souvent méditatifs et mots doux échangés, la musique creuse ses sillons.
Ce qui émeut le plus c’est la qualité d’écoute de chacun à l’univers de l’autre, comment s’enroulent et se mêlent des rêves mis en commun.
Le toucher profond et doux, presque debussyste de Léogé, le son charnel et à la fois immatériel de Padovani font planer des moments d’émotion. Mais jamais le swing ne défaille. Ainsi un morceau magnifique comme « La vespre de la noçà », à partir d’un chant de mariage occitan, nous entraîne entre nostalgie et joie vers un passé transfiguré où le piétinement des sabots se mêle aux larmes de la mariée.
Autant que de musique il s’agit de songes éveillés. Voici la confirmation éclatante qu’un grand duo de jazz allait dorénavant éclairer bien des concerts à venir.
En attendant un cd, évidemment nommé « Angel Eyes » est disponible et prolonge l’enchantement. Mais il doit aussi y avoir une face nocturne de nos deux lascars, car ils préparent ensemble avec Enzo Cormann et le quartet habituel de Padovani une célébration du film noir.
Qui fait l’ange fait donc la bête.
Mais revenons à l’époque rose, et faisons couler des roses des yeux des anges.
Les anches se déhanchent, les touches d’ivoire se souviennent des savanes, et les anges soupirent !



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